Devenons-nous de plus en plus bêtes?

par Sibylle Greindl (st.) La libre du 16/02/2013

Néandertal

Un chasseur-cueilleur de l’Afrique préhistorique payait de sa vie (et de celle de sa progéniture) une erreur d’estimation à la chasse au mammouth.
Gerard Crabtree, de l’université de Stanford (États-Unis), parie qu’un citoyen de la Grèce antique qui nous rejoindrait soudainement serait parmi les plus vifs, les plus intelligents et les plus stables émotionnellement d’entre nous. Ce biologiste avance qu’entre 2000 et 5000 gènes déterminent notre degré d’intelligence. Aucun d’entre eux n’est à l’abri d’une mutation génétique. Or, les principes qui guident la sélection et l’évolution de ces gènes ont changé avec le mode de vie des humains… et pas à l’avantage de nos facultés mentales!

Les chasseurs-cueilleurs de l’Afrique préhistorique, nos ancêtres à tous, vivaient en petits groupes isolés, dans un environnement plutôt hostile. Celui qui n’aurait pas été capable de concevoir un épieu aérodynamique, ou un abri protecteur, n’aurait pas survécu. Sa progéniture non plus, sans doute. La sélection des gènes qui façonnent l’intellect aurait donc été particulièrement impitoyable.

De chasseurs-cueilleurs, nos ancêtres sont devenus agriculteurs, à l’abri d’une communauté. Leur survie n’a plus été conditionnée tant à un excellent intellect qu’à un système immunitaire qui résiste aux maladies qui germent dans un groupe. Dans une certaine mesure également, le fait de vivre en société protège les individus contre leurs éventuelles déficiences intellectuelles, et leurs conséquences. La sélection qui s’applique aux gènes de l’intelligence se serait alors faite moins exigeante.

Plus précisément, Gérard Crabtree estime qu’au moins deux des mutations génétiques durant les 120 dernières générations auraient diminué nos capacités intellectuelles et émotionnelles. L’humain deviendrait donc de moins en moins intelligent.

Nos enfants et petits-enfants seront-ils condamnés à visionner des rediffusions sur un téléviseur qu’ils ne seraient plus à même de concevoir? Tout de même pas: ce déclin se fait très lentement. Entre-temps, l’éducation fait circuler les connaissances accumulées par notre société, rassure le biologiste.

Tout le monde n’adhère pas à la théorie iconoclaste de Gerard Crabtree. Un généticien londonien, par exemple, lui réclame des données chiffrées pour étayer ses dires. Aussi, les facultés intellectuelles et émotionnelles sont-elles principalement déterminées à la naissance? Ne peuvent-elles pas également s’acquérir tout au long de la vie?

Enfin, on peut argumenter que l’intelligence s’adapte aux sollicitations qu’elle reçoit: un chasseur-cueilleur nous bat sans doute tous à la chasse à l’épieu; par contre, sans doute se sentirait-il un peu démuni devant un clavier d’ordinateur.

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