El Hierro : Un phare de l’énergie pour les îles

L’île d’El Hierro aux Canaries est passée en quelques années d’un système énergétique basé sur les hydrocarbures à un modèle visant à terme le 100% renouvelable. Une performance permise par une prise de conscience locale, une utilisation intelligente du terrain et une ingénierie de précision. Reportage.

Isolé sur l’océan Atlantique, au large de la Mauritanie, El Hierro appartient à l’archipel espagnol des Canaries. Battu par les vents, l’îlot volcanique n’abritait selon le dernier recensement que 11 000 personnes, alimentées depuis des années en électricité par une centrale thermique fonctionnant au diesel et opérée par l’électricien historique Endesa. C’est cela que les autorités ont décidé de changer.

Solution éolien/hydro

La Société Gorona del Viento a été créée en 2007, détenue à 77% par des acteurs locaux (Cabildo, région, ITC) et 23% par Endesa, pour créer un parc éolien et un barrage hydroélectrique. Le parc éolien comprend 5 aérogénérateurs de 2,3 MW, soit 11,5 MW au total. Il est couplé à une centrale hydroélectrique (6 MW) qui tire profit du dénivelé rapide de l’île volcanique. En effet, deux bassins de rétention d’eau ont été creusés (380 000 m3 et 150 000 m3) pour alimenter la centrale hydro. Le réservoir amont est rempli grâce à des pompes qui remontent l’eau de l’aval. C’est un système de Station de transfert d’énergie par pompage (STEP), bien connu en France.

L’innovation de Gorona del Viento réside dans le couplage des systèmes éoliens et hydroélectriques. « Les deux installations s’équilibrent mutuellement. Nous surveillons en permanence la production du parc éolien, par définition variable, et adaptons l’activité de pompage en fonction », explique José, ingénieur en salle de contrôle. Et pour cause, totalement isolée dans l’Atlantique, l‘île ne bénéficie d’aucune interconnexion électrique pour compenser une baisse de la production électrique locale. El Hierro ne peut compter que sur elle-même.

Optimisation du système

En juin 2017, pour la première fois depuis sa mise en fonctionnement, la centrale de Gorona del Viento a alimenté à elle seule en électricité toute l’île pendant 6 jours consécutifs. Une performance que les équipes d’ingénieurs souhaitent surpasser.Dans l’ordre de priorité, l’éolien arrive toujours le premier. C’est sa production et surtout sa variation qui sont scrutées en temps réel par les équipes de la salle de contrôle. La fréquence sur le réseau, mise à mal par les variations inhérentes à l’éolien, est équilibrée grâce aux pompes (6×500 kW et 2x 1 500 kW) de la STEP qui remontent l’eau du bassin aval vers l’amont. Là encore, plusieurs systèmes complémentaires sont à l’œuvre : les pompes peuvent être mises en marche/à l’arrêt en cas de hausse ou de baisse sensible de la production du parc éolien. En cas de variations plus fines (les plus fréquentes) chaque pompe est équipée d’un volant d’inertie, opérationnel en quelques secondes.

 

 

 

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